Duska et Dorian Tjesic- Drinkovic
Introduction
Nous sommes un couple de pédiatres
marié et nous nous occupons de patients atteints de mucoviscidose
en Croatie. En novembre 2002, nous avons passé 2 semaines au centre
spécialisé en mucoviscidose de Copenhague, grâce à
une bourse CFW. Nous aimerions partager nos expériences avec vous
et encourager d’autres professionnels intéressés par
la mucoviscidose à organiser des séjours éducatifs
similaires dans des centres bien établis où ils pourront
apprendre et
bénéficier de l’expérience des autres.
Contexte.
La Croatie est un petit pays européen d’environ 4,5 millions
habitants où la mucoviscidose n’est malheureusement toujours
pas reconnue comme une maladie : officiellement, 80 patients sont atteints
de la mucoviscidose, soit une incidence d’environ 1:56 000. Après
avoir pris connaissance de l’incidence rapportée en Europe,
on s’attendait à un chiffre bien supérieur. La structure
de nos patients est similaires à celle d’autres européens
souffrant de mucoviscidose : la plupart (~70%) sont homozygotes au niveau
de ΔF508. Or, il n’y a toujours pas de centre de la mucoviscidose
officiel en Croatie. Cependant, la majorité des patients sont soignés
dans 3 institutions (2 au Zagreb, la capitale de la Croatie et 1 à
Rijeka, voir Figure 1). En Croatie, la mucoviscidose est presque exclusivement
le domaine des pédiatres car, dans le passé, l’espérance
de vie des patients croates souffrant de mucoviscidose ne dépassait
guère 18 ans et les adultes souffrant de formes bénignes
de la mucoviscidose n’étaient tout simplement pas reconnus.
Nous travaillons à Zagreb, au centre hospitalier universitaire
rattaché à l’école médicale de la ville.
C’est le plus grand centre médical équipé du
plus important service pédiatrique de Croatie. Environ la moitié
de la population croate souffrant de mucoviscidose est suivie dans notre
service de pédiatrie. Nos spécialités sont la médecine
respiratoire (Dorian) et la gastroentérologie (Duska) ; nous couvrons
donc les deux principaux systèmes affectés par la mucoviscidose.
Dans notre hôpital, il y a un service de patients externes spécialisé
dans la mucoviscidose où les malades rencontrent le pneumologue,
le gastroentérologue et le physiothérapeute. Cependant,
d’autres spécialistes viennent offrir des consultations lorsque
cela est nécessaire. Malheureusement, notre personnel ne compte
aucun diététicien professionnel ; le contrôle alimentaire
et les conseils sur les problèmes nutritionnels sont donc en majorité
prodigués par le gastroentérologue. Nous essayons d’obtenir
des bilans de santé réguliers (tous les deux ou trois mois).
Lorsque l’hospitalisation est préconisée, les patients
sont généralement admis dans le service de pneumologie pédiatrique.
Au cours des dix dernières années, les soins dispensés
par notre département pour la mucoviscidose se sont améliorés
parce que nous nous acquis certains principes, entre autres thérapeutiques,
que nous avons appris lors de conférences et dans la littérature.
Nous avons postulé à la bourse CFW dans le but d’améliorer
notre connaissance et nos compétences en matière de diagnostique
et de traitement des patients souffrant de mucoviscidose. De plus, la
Croatie se trouve aujourd’hui à peu près au stade
où le Danemark était il y a 30 ans quant à la reconnaissance
des patients souffrant de mucoviscidose et de la maladie en tant que problème
médical national. Nous avons donc profité d’un contact
direct avec ceux qui ont passé les dernières décennies
à améliorer les conditions de vie de la population souffrant
de mucoviscidose au Danemark.

Visite au centre de la mucoviscidose de Copenhague
Le centre de la mucoviscidose fait partie du Rigshospitalet (L’hôpital
Royal) au cœur de Copenhague. C’est l’un des deux principaux
centres de la mucoviscidose au Danemark. Le Dr. Christian Koch, directeur
du centre de la mucoviscidose nous a accueilli lors de notre séjour
de 2 semaines. Il nous a présenté à son personnel,
médecins, infirmières, techniciens, physiothérapeutes,
ainsi qu’au personnel administratif. Nous avons passé la
plupart de notre temps avec lui et nos souvenirs marquants du Danemark
et du centre de la mucoviscidose ont inévitablement liés
à sa personnalité. Malheureusement, ce brave homme n’est
plus de ce monde ; nous espérons que son sens des relations entre
collègues, collaborateurs et patients se perpétue longtemps.
Car, outre ses compétences professionnelles pures, c’est
également une expérience de valeur qu’il nous a permis
de ramener chez nous.
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Nos journées au centre étaient plutôt chargées.
Nous avons passé la plupart de notre temps à observer les
bilans de santé routiniers des patients externes (enfants et adultes)
et à discuter de cas problématiques. Nous avons également
participé à des entretiens avec des patients internes qui
souhaitaient nous faire part de leurs maux. Nous avons appris comment
les patients étaient diagnostiqués avec des tests sérologiques
et microbiologiques, ainsi que la manière de prendre la décision
de traiter ou non le patient et le choix des médicaments antimicrobiens
à prescrire. Nous avons été surpris par le niveau
particulièrement élevé de réactions allergiques
aux médicaments antimicrobiens ; nous avons vu comment l’on
abordait ce problème et la manière dont la tolérance
était réexaminée lorsque cela était nécessaire.
Nous avons discuté de certains problèmes spécifiques
aux adultes souffrant de mucoviscidose, comme la maternité, le
travail etc…Ces thèmes étaient nouveaux pour nous.
On nous a présenté la technique PEP pour la physiothérapie
respiratoire et nous avons à notre tour présenté
cette méthode à certains de nos patients en Croatie. Nous
avons observé les moyens d’accéder à la fonction
pulmonaire (spirométrie, pletismographie, épreuves d’efforts).
Nous avons débattu du problème de la transplantation pulmonaire,
ainsi que de celle du foie, non seulement du point de vue médical
(indications, temps, technique…) mais aussi du point de vue moral,
éthique et organisationnel. Nous avons par ailleurs assisté
à des réunions hebdomadaires entre les cliniciens et les
microbiologistes où des patients sélectionnés étaient
présentés et où l’on débattait des décisions
thérapeutiques futures. Nous avons eu pleinement accès à
une vaste littérature actualisée sur le thème de
la mucoviscidose et avons pu photocopier tout ce qui nous intéressait.
Enfin, nous avons passé du temps dans le département de
microbiologie dirigé par le professeur Niels Hoiby, qui nous a
montré certains travaux de recherche actuels, comme la manière
dont des échantillons de crachat étaient collectés,
où ils étaient traités et comment les données
devaient être conservées. La possibilité d’un
travail de recherche commun a été abordée. On nous
a donné des échantillons de matériau pour qu’on
les ramènent chez nous, à savoir des formulaires de bilans
et des fiches médicales vierges, des schémas de traitements,
des protocoles d’évaluation des patients, etc …
Nous sommes allés au Danemark il y a presque deux ans. Lorsqu’on
se retourne vers le passé, on se rend compte que notre séjour
au centre de Copenhague a été très bénéfique
et nous avons le sentiment qu’une grande partie de nos objectifs
ont été remplis :
1. Nous avons amélioré notre connaissance de l’organisation
du suivi de routine des patients souffrant de mucoviscidose et avons appris
à faire les enregistrements médicaux les plus simples et
les plus utiles (fiches de visites de suivi et d’hospitalisations)
2. Nous avons amélioré notre connaissance en matière
de gestion des infections chroniques du poumon, de gestion des complications
dues à des maladies du foie et des diabètes sucrés.
3. Nous avons établi un contact avec un centre international sur
les questions de recherche et/ou de problèmes pratiques concernant
les patients en vue d’une future collaboration.
Enfin, nous sommes heureux de voir que de nombreux aspects médicaux
(professionnels) du traitement que nous dispensons en Croatie sont à
jour et très similaires à ceux du Danemark. Malheureusement,
le support technique manque et les soins des patients réussi et
“doux” tiennent presque entièrement à l’engagement
enthousiaste du personnel. Des conseils utils nous ont été
formulés et de l’aide nous a été apportée
pour surmonter certains de ces problèmes.
Comme un certain temps s’est écoulé depuis notre retour,
nous avons déjà fait des progrès au niveau du traitement
de l’aspergillose et de la conservation d’enregistrements
médicaux, par exemple. Nous essayons toujours d’établir
un centre de la mucoviscidose reconnu par le Gouvernement/le Ministère
de la Santé dans notre centre hospitalier. Nous pensons que les
principales bases du « Modèle Danois » peuvent être
reprises en Croatie, avec bien sûr des modifications dues aux différentes
politiques de santé et statuts socio-économiques.
Nous finirons cette histoire en soulignant une fois encore, la sympathie
et le soutien que nous ont offert nos hôtes, le Dr Ch. Koch et Dr.
N. Hoiby, ainsi que le personnel durant notre visite. Tous nous ont accueillis
et nous souhaitons leur exprimer toute notre gratitude pour cette généreuse
assistance.